vendredi 17 avril 2015

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samedi 28 novembre 2009

[Présent] Le Grand Orient contre le Vatican

Yves Chiron - Présent, 28 novembre 2009
Il y a presque un an, le 18 décembre 2008, le Saint-Siège et la France ont signé, « dans une discrétion voulue » écrivait Emile Poulat (La Croix, 7/8 février 2009), un accord « sur la reconnaissance des grades et diplômes dans l’enseignement supérieur ». L’accord est simple : la France rejoint enfin la pratique des autres pays européens en validant officiellement les études universitaires poursuivies dans les établissements supérieurs catholiques. En d’autres termes, une licence de lettres ou un doctorat en théologie préparés, par exemple, à l’Institut catholique de Paris seront désormais reconnus au niveau européen pour poursuivre d’autres études dans d’autres universités (publiques ou privées) ou postuler à des emplois dans les autres pays européens. Ce qui n’était pas le cas jusque-là.
Mais cet accord reste très limitatif dans sa portée. La délivrance des diplômes universitaires reste interdite aux établissements supérieurs catholiques, l’Etat garde le monopole de l’attribution des grades et titres universitaires. Comme par le passé, soit la faculté catholique passe une convention avec une université d’Etat voisine qui valide la formation et délivre le diplôme, soit un jury d’Etat viendra évaluer les candidats et conférer le diplôme.
L’accord du 18 décembre 2008 n’a été publié au Journal officiel que le 19 avril 2009. Le retard est dû, sans doute, à la colère et au mécontentement qu’ont exprimés plusieurs organisations laïques et certains milieux universitaires. Au printemps dernier, un « Collectif pour la promotion de la laïcité » s’est constitué contre cet accord. Il est composé d’instances maçonniques (au premier rang, le Grand Orient de France), d’organisations laïques, toutes paramaçonniques, et de quelques députés (tous francs-maçons, tel Michel Charasse  et Jean-Luc Mélanchon). Ce Collectif a lancé une pétition et préparé un recours « pour excès de pouvoir », déposé devant le Conseil d’Etat, demandant l’annulation du décret.
Jean Baubérot, spécialiste de sociologie religieuse, chantre de la laïcité, a protesté, lui aussi, contre l’accord de décembre 2008 : « c’est un des fondements de la laïcité de l’enseignement qui est mis en cause, car celle-ci repose sur la collation des grades par les universités publiques ».
Venu du protestantisme, partisan d’une « laïcité inclusive », foncièrement anticlérical sous son apparence historienne (« la nocivité des Jésuites a été pendant près de deux siècles une évidence sociale » a-t-il écrit récemment), Jean Baubérot rejoint la franc-maçonnerie dans sa dénonciation du « repli identitaire réofficialisant de façon rampante des ”racines chrétiennes” » (Le Monde, 11 mai 2009).

Contre la « théocratie »


Le Conseil d’Etat ne s’est pas encore prononcé sur le recours déposé par le Grand Orient et ses supporters. Aussi, les instances maçonniques montent à nouveau au créneau. Le G. O. vient de lancer une nouvelle publication Franc-Maçonnerie magazine, diffusée en kiosque. Dans le premier numéro, Pierre Lambicchi, le président du Conseil de l’Ordre du Grand-Orient de France, signe un article offensif intitulé : « Quand le Saint-Siège impose ses diplômes en France ». Il s’insurge contre l’accord de décembre qui, selon lui, « attribue un véritable pouvoir d’ingérence au Saint-Siège sur le territoire français ».
Avec cet accord, il ne s’agirait de rien moins que d’ « une violation de la souveraineté de la République sur son territoire » : « Le Saint-Siège se retrouverait donc, si ce décret n’était pas annulé, dans la situation où une théocratie absolutiste et dogmatique dicterait à la République la reconnaissance des ”bons” diplômes et le rejet des “mauvais” diplômes, selon une appréciation purement religieuse et réduite au champ d’appréciation du dogme romain. »
C’est, bien sûr, une lecture fausse de l’accord du 18 décembre que fait le Grand-Orient. Émile Poulat l’a souligné: cet accord «ne se prononce pas sur la valeur et les effets civils des grades et titres délivrés par ces établissements [catholiques], qui continuent de n’en pas avoir au regard du droit français. Pour exercer certaines professions ou accéder à la fonction publique, rien n’est changé aux dispositions en vigueur, même si rien n’est dit.»

Yves CHIRON

Livres d'Yves Chiron + livres autour de Charles Maurras

Yves Chiron a écrit quelques livres, disponibles en librairie. Ils peuvent aussi être commandés directement auprès de l'auteur, la liste en est disponible ici au format PDF. Les ouvrages qui ont fait l'objet de traductions sont signalés pour information, mais ces traductions ne sont pas disponibles auprès de l'auteur.

Il est proposé, par ailleurs, en premier lieu, des livres, neufs ou anciens, de Charles Maurras. Puis, des ouvrages sur Charles Maurras et sur l’Action française et des ouvrages d’auteurs de l’école d’Action française. Et, accessoirement, des ouvrages et revues sur divers sujets. Cette initiative n’est pas une entreprise commerciale. Tous les bénéfices contribuent au financement des Éditions BCM dans le cadre de l’Association Anthinéa. - En voici la liste au format PDF.

samedi 14 novembre 2009

[Présent] Mgr Zoltan Meszlenyi, évêque martyr

Yves Chiron - Présent, 14 novembre 2009

La récente béatification de l’évêque Meszlenyi, martyr du régime communiste en 1951, a donné lieu à de nombreux articles qui, comme souvent, étaient plus ou moins la reproduction d’une brève dépêche d’agence. Le martyr de Mgr Meszlenyi devient ainsi presque une chose abstraite. Les sources disponibles permettent pourtant de saisir de plus près la réalité et la totale injustice de la persécution communiste.

Zoltan Lajos Meszlenyi était né le 2 janvier 1892 à Hatvan, dans une famille profondément chrétienne. Entré au séminaire d’Esztergom, il a ensuite été envoyé à Rome pour poursuivre ses études ecclésiastiques. Il étudie à l’Université pontificale grégorienne, où il obtiendra un  diplôme en droit canon et sera reçu docteur en philosophie et en théologie. Au cours de ses études romaines, il est ordonné prêtre le 28 octobre 1915.

À son retour en Hongrie, en 1917, ses capacités intellectuelles et sa vaste connaissance des langues étrangères (outre le grec et le latin, il maîtrisait l’anglais, l’allemand, l’italien et le français), permirent qu’il fût affecté au bureau central de l’archevêché d’Esztergom. L’évêque, Mgr Janos Csernoch, qui portait aussi le titre de Primat de Hongrie, avait été nommé en 1912 ; il resta en fonction jusqu’en 1927. Son successeur, Jusztinian Seredi, Primat de Hongrie de 1927 à 1945, conserva d’abord Meszlenyi dans ses fonctions puis, en 1937, il en fit un de ses évêques auxiliaires.

Consacré évêque le 28 octobre 1937, Mgr Meszlenyi se trouva associé à la charge pastorale du plus grand diocèse de Hongrie qui comptait alors 800.000 catholiques, 167 paroisses, 520 prêtres diocésains, 671 religieux prêtres et près de 3.000 religieux et religieuses.

Après les épreuves de la guerre, la pression du PCH (Parti Communiste Hongrois) puis sa progressive prise de pouvoir, soutenu par l’armée soviétique d’occupation, allaient jeter l’Eglise hongroise dans des décennies de tourments et de persécutions.

Les « ténèbres du mal »

En octobre 1945, Mgr Joseph Mindszenty succéda au cardinal Seredi comme archevêque d’Esztergom et Primat de Hongrie. Il exposa son programme en termes simples : « Rome et ma Patrie seront les deux étoiles qui guideront ».
Depuis quelques mois déjà, l’offensive politique contre l’Eglise avait commencé. Sous le prétexte de « nationaliser » les grandes propriétés foncières et de les redistribuer, un décret gouvernemental, en date du 15 mars 1945, avait confisqué la plus grande partie des terres appartenant à l’Eglise. « Ce décret, ont expliqué Paul Bozsoky et Laszlo Lukacs, allait avoir de grosses conséquences sur l’activité extérieure et sociale de l’Eglise. Privés de leurs ressources habituelles, certaines institutions : monastères, hôpitaux, orphelinats, foyers de personnes âgées, collèges et lycées se trouvaient en péril ».

Parallèlement, la « nationalisation » des maisons d’éditions et des imprimeries, le rationnement du papier et la censure sévère qui dépendait du ministère de l’Intérieur (« citadelle des communistes »), allaient entraver les moyens d’expression et d’apostolat de l’Eglise.

On ne rapportera pas ici toutes les étapes de la persécution contre l’Eglise et tous les actes publics de la résistance spirituelle du cardinal Mindszenty. Finalement, le 26 décembre 1948 il fut arrêté. Après un procès bâclé et inique, les 3-5 février 1949, il fut condamné à la prison à vie pour atteinte à la sécurité de l’Etat, espionnage et trafic de devises.

L’heure de Mgr Meszlenyi avait sonné. En 1950, malgré l’opposition du gouvernement, les chanoines de la cathédrale d’Esztergom l’élirent comme vicaire capitulaire, chargé d’assurer le gouvernement du diocèse en l’absence de l’évêque légitime en prison.

Comme l’a dit Mgr Amato, préfet de la Congrégation pour les Causes des saints : « Mgr Meszlenyi, quoique mesurant les risques, accepta sa nomination avec promptitude et disponibilité. La répression du régime ne se fit pas attendre ».

Dix jours après sa nomination, il fut arrêté. Il subit interrogatoires, tortures, isolement à la prison de Recsk, puis, sans même avoir eu un simulacre de procès, il fut envoyé au camp de concentration de Kistarcsa, près de Budapest. Il y mourut le 4 mars 1951.

« Confronté au dilemme fidélité ou trahison », selon l’expression de Mgr Amato, Mgr Meszlenyi « confirma avec force sa fidélité à l’Evangile ». Ses persécuteurs communistes, depuis le plus haut niveau de l’Etat jusqu’à ses gardiens, étaient animés de l’odium fidei, « la haine envers Dieu et envers l’Eglise. Les ténèbres du mal qui n’acceptent pas la lumière du bien ». L’expression est, encore de Mgr Amato.

Yves CHIRON

dimanche 1 novembre 2009

Xavier Soleil - Mes Partis pris (deuxième série) - Préface de Samuel Martin

Vient de paraître:
Xavier Soleil - Mes Partis pris (deuxième série) - Préface de Samuel Martin

Autant de bibliothèques que de lettrés : une fois inventoriés les titres de la culture courante ; une fois définie la part des lectures propres à une génération ; une fois, en quelque sorte, circonscrits les communs, chaque bibliothèque est unique par son corps principal, ses ailes, ses greniers, ses débarras et son jardin d’été… Entrer dans une bibliothèque autre, c’est, derrière les aspects séduisants ou déroutants, c’est, intimidé ou à l’aise, découvrir un monde organisé autrement, des perspectives nouvelles et des points de vue différents.

La bibliothèque de Xavier Soleil, telle qu’elle apparaît dans les pages qui suivent, montre avec force que la littérature est liée à la Cité, à ses dimensions religieuses, politiques et sociales. Par ce lien qu’on oublie parfois à l’usage, ou qu’on minimise pour privilégier la littérature comme évasion, des noms se trouvent rapprochés : Balzac, Béhaine, Le Play ; Rebell, Benjamin, Maurras.
Que des auteurs connaissent un temps de purgatoire, que d’autres ne restent appréciés que par un premier cercle, situation normale dans le cadre de l’histoire de la littérature. Mais les quelques noms cités ci-dessus, en majorité obscurs, le sont non par le jeu du temps mais parce qu’ils ne sont pas admis dans le domaine de l’histoire littéraire officielle : ils restent sous le boisseau par incompatibilité politique avec le système dominant. Ecrivains « interdits » - Drumont -, écrivains délaissés par lâcheté et facilité - Barrès -, parce qu’ils ont pris parti dans bien autre chose que des disputes de chapelles littéraires : dans la querelle politique des Anciens et des Modernes, lors de l’Affaire, lors de l’Epuration, etc., ils habitent l’enfer où la Démocratie laïque et obligatoire les maintient.

Parler d’un écrivain qu’on apprécie sans communiquer l’envie de le lire, serait un échec. On se convaincra de la réussite de Xavier Soleil à transmettre ses goûts et ses idées en lisant les études rassemblées ici, qui suggèreront à chacun d’augmenter sa bibliothèque de quelques noms et titres.

Samuel Martin

Bon de commande

Mes Partis pris ( deuxième série)
26 euros (+ 3 euros de contribution aux frais de port).

Du même auteur, chez le même éditeur

Mes Partis pris (2007)
23 euros (+ 3 euros de participation aux frais de port)

Histoire d’une Société de René Béhaine, pages choisies présentées par Xavier Soleil avec une lettre de Michel Déon de l’Académie française
28 euros (+ 3 euros de participation aux frais de port).
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Commande à adresser aux Editions Nivoit - 5 rue du Berry - 36250 Niherne, en précisant ses nom, prénom, et adresse de livraison. Chèque à l’ordre des Editions Nivoit.

samedi 31 octobre 2009

[Présent] l'implosion continue de l'anglicanisme

Yves Chiron - Présent, 31 octobre 2009

En décembre 1960, en pleine préparation du concile Vatican II, Jean XXIII acceptait de recevoir au Vatican le Docteur Geoffrey Fisher, « archevêque » de Cantorbéry et Primat de l’Eglise anglicane. Depuis le schisme anglais du XVIe siècle, c’était la première rencontre entre un pape et le chef d’une communauté séparée. Jean XXIII n’envisageait rien d’autre qu’un « retour » à Rome des « communautés séparées » (il n’employait pas le mot « Eglises »). Il l’avait clairement affirmé dans l’encyclique Ad Petri cathedram, publiée quelques mois plus tôt.

La visite fut tenue discrète. Il n’y eut pas de photographie. Le cardinal Bea, en charge du Secrétariat pour l’unité des chrétiens et initiateur de la rencontre, ne fut pas admis à la rencontre. On sait, néanmoins, que le Docteur Fisher rejeta la doctrine romaine du « retour à Rome », et recourut à l’image de « deux Eglises qui courent parallèlement — on pourrait les comparer à deux droites se rejoignant dans l’éternité ».

Six ans plus tard, en 1966, Paul VI reçut le Dr Ramsey, successeur du docteur Fisher. Cette fois –  l’enthousiasme du Concile et le tumulte du péri-concile étant passés par là –, l’accueil fut solennel et plus chaleureux. Le 23 mars, lors de son entretien avec le Primat anglican, Paul VI sembla faire des concessions qui n’étaient pas minimes. Il accepta de rouvrir le dossier des ordinations anglicanes (déclarées « absolument nulles et sans valeur » par Léon XIII, en 1896). Et il accepta que soit créée une commission théologique pour étudier les questions doctrinales qui séparent anglicans et catholiques ; ce sera l’ARCIC (Anglo-Roman Catholic International Commission).

Le lendemain, 24 mars, Paul VI accomplit un de ces gestes spectaculaires qu’il affectionnait : il ôta de son doigt son anneau épiscopal et le donna au Dr Ramsey qui le passa à son doigt. Ce geste spectaculaire fut interprété comme la reconnaissance implicite de l’autorité épiscopale du Dr Ramsey et donc comme la reconnaissance des ordinations anglicanes.

En fait, comme souvent chez Paul VI, le geste, spectaculaire (« prophétique » disaient ceux qui l’admiraient), dépassait la pensée. Ni lui, ni Jean-Paul II n’ont reconnu les ordinations de prêtres et d’évêques accomplies chez les Anglicans.

Des « retours » de plus en plus nombreux

L’ARCIC a poursuivi, jusqu’à ce jour, son travail de discussion et d’étude. Elle a publié, au fil des années, des déclarations doctrinales rédigées conjointement par des théologiens catholiques et des théologiens anglicans.

Mais, parallèlement, les communautés anglicanes se sont divisées sur des questions disciplinaires et doctrinales : ordination des femmes (les premières pastoresses anglicanes ont été ordonnées en 1992), ordination de prêtres et d’évêques homosexuels, reconnaissance du mariage homosexuel.

En  réaction, en 1991, a été fondée la TAC (Traditional Anglican Communion) qui regroupe une trentaine d’évêques, des centaines de prêtres et quelque 400.000 fidèles anglicans qui refusent ces dérives.

En 2008, en marge des instances officielles anglicanes, et en opposition à elles, s’est réunie la GAFCON (Global Anglican Futur Conference) qui s’oppose à la « sécularisation » promue par certaines conférences épiscopales anglicanes et qui veut réunir les « anglicans confessants ».

Si la TAC souhaite entrer dans une communion pleine et entière avec le Saint-Siège ; il en va tout autrement pour la GAFCON qui ne reconnaît l’autorité que des quatre premiers conciles œcuméniques !

Pour le moment (en attendant l’intégration de la TAC ?), ce sont, année après année, des pasteurs anglicans à titre individuel ou de petites communautés qui demandent à entrer dans l’Eglise catholique. En 2007, deux évêques épiscopaliens (anglicans) américains, Jeffrey Steenson, évêque de Rio Grande, et Daniel Herzog, ancien évêque d’Albany, sont devenus catholiques. En mars dernier, Steenson a été ordonné prêtre catholique.

Une trentaine d’évêques et une centaine de pasteurs anglicans seraient disposés à faire, eux aussi, profession de foi catholique.

Le cardinal Levada, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, a annoncé la prochaine publication d’une Constitution apostolique destinées à fixer les modalités de ces conversions (mais le mot n’est pas employé !) et à mettre en place les structures ecclésiales que nécessitent ces « retours » de plus en plus nombreux.

Yves CHIRON

samedi 24 octobre 2009

[Présent] L’esprit d'abandon selon le P. de Caussade

Yves Chiron - Présent, 24 octobre 2009
Le P. Jean-Pierre de Caussade (1675-1751), jésuite de la grande époque, est célèbre pour un livre qu’il n’a pas écrit : L’Abandon à la Providence divine. Plus exactement, ce traité, publié au XIXe siècle par son confrère le P. Ramière, a été réalisé à partir de différentes sources, composé de manière arbitraire et doté d’un titre qui n’est pas de Caussade.

Caussade n’a publié, de son vivant, qu’un ouvrage, les Instructions spirituelles en forme de dialogues sur les divers états d’oraison. L’Abandon à la Providence divine a pourtant été composé à partir de textes authentiques : soit des lettres adressées à des dirigées, soit des conférences données à des religieuses.

Les Editions du Carmel proposent une édition intégrale et annotée des principaux recueils qui sont à l’origine de l’édition du P. Ramière. L’un, le « manuscrit Cailhau, est connu depuis le XIXe siècle, mais le second, le « recueil de Langres », n’a été découvert qu’en 1988.

Cette publication de deux recueils inédits ne bouleverse pas la connaissance que l’on pouvait avoir de la spiritualité de Caussade, mais elle nous en donne un exposé plus authentique parce que plus immédiat.

De manière hâtive et très abusive, certains auteurs ont relié la doctrine de « l’esprit d’abandon », qui est au centre des écrits de Caussade, au quiétisme et aux écrits de Mme Guyon et de Fénelon.  Comme l’avait souligné il y a longtemps déjà le P. Olphe-Gaillard, « le P. de Caussade n’innove pas. L’histoire de la doctrine de l’abandon commence bien avant lui. Son mérite est d’avoir vécu cette doctrine, d’avoir compris qu’elle offrait un centre à toute une synthèse spirituelle profondément cohérente et souple, d’en avoir dégagé les applications essentielles ».

Si l’on veut chercher les sources du P. de Caussade, on les trouvera chez Ignace de Loyola et chez saint François de Sales (ce qui se comprend facilement : Caussade a longtemps été confesseur et directeur spirituel des Visitandines de Nancy).

Un combat « avec douceur »

L’éditeur actuel des recueils caussadiens, Marie-Paule Brunet-Jailly, avertit d’éviter un contre-sens sur la notion d’ « abandon », qui n’est en rien, chez Caussade, une passivité : il « accepte d’avoir à mettre résolument en œuvre les conseils qu’il adresse aux autres : lutte contre les désordres de l’imagination, défiance à l’égard des ruses de l’amour de soi, acceptation du prochain. Une fausse légende de douceur s’est attachée à son nom avec le titre de la première édition à succès, au XIXe siècle, d’une œuvre qu’on lui attribuait, L’Abandon à la providence divine. En réalité, loin de proposer une voie de facilité, il se tient toujours, dans ses lettres, là où se déclare le combat spirituel. […] on l’entend redire sans se lasser l’infinie bienveillance de Dieu, sa Providence, et, pour tout homme, l’élan du cœur toujours possible vers Dieu et vers les autres. Avec une imperturbable conviction, il rappelle à temps et à contretemps les efforts sur soi et les dispositions pratiques qu’exige tout progrès. »

L’esprit d’abandon à Dieu n’est pas seulement une disposition intérieure, mais doit être une conduite, se traduire par des comportements. C’est un double mouvement : « sans négliger vos soins pour le spirituel, écrit Caussade, laissez-en tout le succès à Dieu, n’espérant rien que de lui ».

Au lieu de se décourager et d’être triste à cause de ses insuffisances, imperfections et médiocrités, Caussade conseille : « supportez-vous vous-même avec douceur, reprenez-vous avec douceur, revenez à Dieu avec douceur, repentez-vous avec douceur, faites tout avec douceur, sans empressement ni précipitation extérieure ou intérieure ».

On n’avance pas dans les « affaires de l’intérieur » (c’est-à-dire la vie spirituelle) aussi rapidement que dans les affaires temporelles. A une dirigée, le P. de Caussade écrivait : « tant que vous sentirez une bonne volonté d’être à Dieu, un goût, une estime pour ce qui vous conduit, quelque peu de courage pour vous relever après vos petites chutes, vous êtes en bon état devant Dieu ; prenez patience, tranquillisez-vous, apprenez à supporter vos faiblesses et misères avec douceur, comme il faut supporter celles du prochain, contentez-vous de vous en humilier tout doucement devant Dieu et n’espérez votre avancement que de lui seul et de sa sainte opération qui se fait le plus souvent au fond de l’âme sans qu’on en sente rien ».

Yves Chiron


Jean-Pierre de Caussade, Lectures caussadiennes, Editions du Carmel (33 avenue Jean Rieux, 31500 Toulouse), 325 pages.

samedi 17 octobre 2009

[Présent] L’Académie Catholique de France, pour quoi faire ?

Yves Chiron - Présent, 17 octobre 2009

Après le Collège des Bernardins, inauguré il y a un an, une deuxième institution entend symboliser le renouveau de la visibilité des « intellectuels catholiques » : l’Académie catholique de France. Le nom sonne beau car il semble ne pas récuser le qualificatif de catholique ni la note nationale.
Cette Académie vise-t-elle à concurrencer l’Académie française, où les catholiques affirmés, pratiquants, professants, seraient trop peu nombreux ? Sans doute pas.
Un récent article de presse présente cette Académie catholique comme une « tribune pour les penseurs catholiques » et croit qu’elle s’est donnée comme « défi » de « rassembler des compétences dans de multiples domaines pour assurer et transmettre une pensée catholique ». C’est une présentation trop optimiste ou naïve.
Cette Académie, comme le Collège des Bernardins, sont des initiatives de la hiérarchie ecclésiastique qui entend redonner une visibilité à l’Eglise dans le domaine de la culture. Cette visibilité, pourtant, est moins de l’ordre de l’enseignement que de celui du témoignage et du dialogue. Aux Bernardins, il y a certes des conférences, une revue, une bibliothèque, une librairie, mais il y a surtout des colloques, des expositions, des activités ludo-éducatives destinées au « jeune public », une cafétéria, et l’on annonce même la réalisation et la vente de produits dérivés ».
Selon sa qualification officielle, le collège des Bernardins se veut d’abord un « lieu de recherche et de débat pour l’Eglise et la société ». Recherches et Débats, ce sont exactement les qualificatifs qu’avait choisis le Centre catholique des intellectuels français (CCIF) comme titre pour sa publication annuelle (qui aura duré de 1952 à 1976).
« Rechercher » et « débattre » plutôt qu’enseigner, transmettre, annoncer ?
C’est ce qui se dégage des déclarations d’un des fondateurs de l’Académie catholique de France, l’abbé Philippe Capelle. Les académiciens catholiques français, si on peut les appeler ainsi, n’ont pas pour vocation, explique-t-il, « à susciter l’engagement » mais ils seront là pour « offrir une expertise ». « Pas question de faire du lobbying » explique-t-il aussi.

Des balbutiements décevants


Si l’on comprend bien le but de cette Académie catholique de France, il ne s’agira donc pas d’illustrer, de défendre, de rappeler la doctrine catholique, l’histoire catholique, l’art catholique, ni de se faire l’écho du Magistère – qui, pour un catholique, n’est pas une réalité accessoire – , mais de participer au débat, ou pas…
Cette conception minimaliste du rôle de l’ « intellectuel catholique » trouve son illustration dans les réponses récentes de la seule femme membre, à ce jour, de l’Académie catholique française, Nathalie Nabert.
C’est, assurément, une femme éminente. Professeur de littérature médiévale, elle a été, pendant douze ans, doyen de la Faculté de lettres de l’Institut catholique de Paris. Spécialiste de la spiritualité cartusienne, elle a publié sur ce sujet des livres intéressants. Son dernier ouvrage, Les Moniales chartreuses (Ad Solem, 2009), est un album où le texte, respectueux et intéressant, est illustré de belles photographies, œuvre de Bruno Rotival.
Nathalie Nabert, laïque, universitaire, « académicienne catholique française » donc, est interrogée ces jours-ci par un hebdomadaire chrétien. Elle parle de l’Académie, de sa carrière universitaire. On l’interroge aussi sur « le rôle spécifique des femmes dans l’Eglise » et, de manière spécifique : « pensez-vous qu’il faille ouvrir l’accès au sacerdoce pour les femmes » ?
Réponse de la toute récente académicienne catholique française : « La question du sacerdoce des femmes est trop complexe, trop délicate et comporte trop d’implications théologiques, canoniques et philosophiques pour qu’on puisse y répondre d’instinct sur la base d’une réaction féministe. Je n’entrerai donc pas dans ce débat pour lequel je n’ai, en l’état actuel de mes connaissances sur cette question, aucune compétence particulière. »
Quelle déception ! N’importe quel fidèle du dernier rang connaît la doctrine traditionnelle de l’Eglise sur le sujet. Et une « académicienne catholique française » n’est, bien sûr, pas sans ignorer les rappels doctrinaux récents sur le sujet : la déclaration de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, Inter insigniores en 1976, approuvée par Paul VI, et la lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis de Jean-Paul II, en 1994, qui a rappelé que l’ordination sacerdotale est « exclusivement réservée aux hommes ». Rappel solennel, dans lequel Jean-Paul II, selon l’avis de nombre de théologiens, a engagé son infaillibilité pontificale.
En estimant que la question du sacerdoce des femmes pouvait encore être sujet cde « débat » et en ne rappelant pas les enseignements récents et solennels du Magistère sur le sujet, Madame Nathalie Nabert  illustre, de manière bien décevante, l’Académie catholique de France en ses balbutiements.

Yves CHIRON

Article paru dans PRESENT, le 17 octobre 2009

samedi 3 octobre 2009

[Présent] Les religieuses américaines sous observation

Yves Chiron - Présent, 3 octobre 2009
La LCWR (Leadership Conference of Women Religious) est la principale organisation représentative des religieuses américaines. Elle représente environ 80 % des congrégations féminines apostoliques que comptent les Etats-Unis. Cette structure bien organisée est puissante et influente, elle représente près de 60.000 religieuses. Depuis les années 1970, la LCWR a été un élément moteur dans la grande transformation qu’ont connue la plupart des congrégations religieuses américaines.
Il y a eu une sécularisation très visible, dans la tenue notamment : lors des réunions de la LCWR, toutes les religieuses portent des habits civils. Les engagements sociaux et militants se sont substitués souvent aux formes traditionnelles d’apostolat. L’année dernière, par exemple, la LCWR et son équivalent masculin, la CMSM (Conference of Major Superiors of Men), se sont réunies pour mettre au point une « Résolution sur le changement climatique »…
La vie communautaire, aussi, est très éloignée des formes de vie religieuse que leurs congrégations ont connues jusqu’au concile. Il y a également des positions doctrinales qui s’éloignent de la doctrine de l’Eglise.
Les déviances et les abandons avalisés ou promus par la LCWR n’ont pas été acceptés par toutes les congrégations religieuses américaines. Outre les congrégations contemplatives qui ont leur organisation représentative propre, une centaine de congrégations religieuses apostoliques ont quitté la LCWR pour constituer, en 1992, le CMSWR (Council of Major Superiors of Women Religious).
Qu’il s’agisse du port de l’habit religieux ou de la fidélité doctrinale, le CMSWR est en contrepoint complet avec la LCWR. Avec des fruits spirituels indéniables, puisque si le CMSWR représente environ 20 % des religieuses apostoliques américaines, il recense plus de 80 % des vocations.
Rome n’a pas été insensible aux dérives de la plupart des congrégations religieuses américaines. En 2001, les dirigeantes de la LCWR avaient été convoquées à Rome par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Le Préfet d’alors, le cardinal Ratzinger, leur avait demandé de « promouvoir la réception de l’enseignement de l’Eglise », particulièrement dans trois domaines : la question de l’ordination des femmes, la déclaration Dominus Jesus sur les religions non chrétiennes et le problème de l’homosexualité.

Deux enquêtes


Cet avertissement, formulé en termes diplomatiques, n’a pas produit les effets escomptés.
Plus récemment, en mai 2008, la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, a publié une instruction, Faciem tuam Domine, consacrée à l’autorité et à l’obéissance dans la vie religieuse. Mgr Gardin, un franciscain, secrétaire de la Congrégation, est venu spécialement aux Etats-Unis pour la commenter. Lors d’une homélie, devant la LCWR et la CMSM assemblées, il a rappelé fortement le caractère spécifique de la vie religieuse : être des « croyants exemplaires », « suivre et imiter Jésus » et « ne rien faire passer avant Lui », selon le mot de saint Benoît.
Benoît XVI a franchi une étape supplémentaire. En décembre 2008, la Congrégation  pour la vie consacrée a lancé une visitation des congrégations religieuses apostoliques des Etats-Unis, confiée à Mère Mary Clare Millea (qui avait déjà été invitée à prendre la parole au dernier synode des évêques à Rome). Un instrumentum laboris a été adressé à toutes les supérieures des congrégations apostoliques américaines (les contemplatives ne sont pas concernées par cette enquête). Elles devront établir un rapport, à partir d’un questionnaire, sur la formation, l’apostolat, la vie communautaire, les finances de leur congrégation. Puis, en 2010, un certain nombre de communautés seront soumises à une visite apostolique.
Parallèlement, la Congrégation pour la doctrine de la foi a décidé, en mars dernier, un doctrinal assessment (une « évaluation doctrinale ») de la LCWR. Les trois points soulignés par le cardinal Ratzinger en 2001 sont, à nouveau, explicitement en question. Mgr Blair, évêque de Toledo, a été chargé de conduire cette investigation. Les instances de la LCWR ont dit leur « surprise » d’une telle enquête doctrinale et lors de leur dernière assemblée, en août dernier, elles ont protesté que « leurs congrégations sont restées pleinement fidèles à la réforme et au renouveau demandés par Vatican II ».
Pour les communautés religieuses américaines  aussi, c’est donc l’herméneutique de Vatican II qui est en débat : rupture ou continuité dans la vie religieuse.
Yves CHIRON

samedi 12 septembre 2009

[Présent] Le retour de l'épouvantail «intégriste»

Yves Chiron - Présent, 12 septembre 2009
Depuis janvier 2009, c’est-à-dire depuis la levée des excommunications accordée par Benoît XVI aux quatre évêques de la Fraternité Saint-Pie X, il ne se passe de mois sans que paraissent plusieurs livres et articles consacrés aux traditionalistes, intégristes et lefebvristes. Les trois termes ne sont pas synonymes. Le simple fait de choisir l’un ou l’autre qualificatif est déjà un indicateur de la pertinence du propos.
Émile Poulat a fait remarquer un jour combien l’emploi du mot intégrisme est devenu « le symbole de tout ce que rejettent ceux qui l’emploient » et qu’il « nous en apprend souvent plus sur ceux qui en parlent que sur ceux dont ils parlent ».
Le mot intégrisme se résout souvent en une association d’idées, remarquait encore Émile Poulat en 1986 : « droite, réaction, dogmatisme, autoritarisme, cléricalisme ».
Intégrisme = extrême-droite, telle est l’équivalence que diffusent la vulgate progressiste et l’historiographie paresseuse. Une rapide rétrospective permettrait sans doute de dater la naissance de cette vulgate en juin 1950, lorsque le P. Congar, un des phares de la « théologie nouvelle » d’alors, publia Mentalité de droite et intégrisme dans la revue La Vie intellectuelle. Il définissait l’intégrisme comme une « attitude » qui a « tendance à majorer » l’autorité et l’orthodoxie doctrinale et dont la conséquence, la pente fatale, est un « esprit schismatique ».
Le P. Congar accordait tant d’importance à cet article qu’il l’a repris dans le gros livre programmatique qu’il publiait cette année-là aussi, Vraie et fausse réforme de l’Église.
Ces pages du P. Congar, et ses arguments, seront relayés, lors de la première année préparatoire du concile Vatican II, par un long article de Madeleine Garrigou-Lagrange paru dans la revue Esprit en novembre 1959 : Intégrisme et national-catholicisme.
Les articles du P. Congar et de Madeleine Garrigou-Lagrange sont restés longtemps les références principales des opposants, en France, à l’intégrisme. À partir des années 1970, le combat de Mgr Lefebvre et de la Fraternité Saint-Pie X a été interprété, le plus souvent, avec cette même clef politico-religieuse.
En témoignent encore deux articles récents. Dans le numéro de printemps de la revue, libérale, Commentaire
(n° 125), Alain Besançon, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales, croit décrypter les « aspects politiques »  du « petit troupeau » des « intégristes » en écrivant : « le mouvement eut aussi un aspect politique. Il hérita d’une bonne partie de l’idéologie maréchaliste, mise au ban depuis la Libération. Et par conséquent de la tradition maurrassienne, avec son antisémitisme tenace, encore souterrainement subsistant, qui donnait un argumentaire à l’antijudaïsme séculaire. Cela préparait le terrain à des fantasmes négationnistes ».
Dans le numéro de septembre des Etudes, Florian Michel, agrégé et docteur en histoire, prétend démontrer que « les enjeux politiques sont constitutifs de l’intégrisme. Ils se structurent entre autres autour d’un refus de la pensée politique de Jacques Maritain (1882-1973), dans la filiation directe de l’Action française ».
Par une malhonnêteté intellectuelle qui consiste à sortir quatre mots de leur contexte, Florian Michel explique à ses lecteurs que, selon Mgr Lefebvre, « la messe traditionnelle ”est essentiellement anti-communiste” » !

L’exemple de Benoît XVI

Il est symptomatique qu’Alain Besançon et Florian Michel, historiens catholiques – ils préfèreraient, sans doute, qu’on les qualifie d’historiens et catholiques –, méconnaissent les raisons proprement religieuses et doctrinales du refus « intégriste » ou de la critique traditionaliste. Ils ne voient pas dans quelle tradition de romanité ce refus ou cette critique s’inscrivent.
Ce faisant, – en réduisant le traditionalisme ou l’intégrisme à une catégorie politique –, ils méconnaissent pareillement l’intention proprement religieuse et spirituelle de Benoît XVI dans sa volonté de réconciliation : « servir la communion universelle de l’Église », « favoriser le dépassement de toute fracture et division dans l’Église », « guérir une blessure ressentie de manière toujours plus douloureuse dans le tissu ecclésial ».

Yves CHIRON


samedi 8 août 2009

[Présent] Sur les traces du Bienheureux Urbain V

Yves Chiron - Présent, 8 août 2009

2010 verra le VIIe centenaire de la naissance du pape Urbain V, l’avant-dernier pape français et le dernier pape d’Avignon, que le pape Pie IX a béatifié pour ses grandes vertus.

Urbain V est-il du Gévaudan ou des Cévennes ? Il est né à Grizac, au sud de la Lozère, dans le diocèse de Mende (qui était capitale du Gévaudan). Mais Grizac est aujourd’hui dans le Parc national des Cévennes et c’est non loin de là, à Pont-de-Montvert, qu’a commencé la guerre des Camisards, par l’assassinat de l’abbé du Chaila, le 24 juillet 1702.

Cet été peut être l’occasion d’un voyage, seul ou en famille, sur les traces d’Urbain V – Guillaume de Grimoard. L’itinéraire pourra être établi en fonction de la chronologie ou d’après une logique plus géographique, mais il sera essentiellement lozérien et bénédictin.

Le berceau familial du futur Urbain V est le château de Grizac, bâti par son père, et admirablement restauré ces dernières décennies par un descendant de la famille, le marquis de Laubespin. On y accède depuis Pont-de-Montvert, à 9 kilomètres, par une petite route. Arrivé au hameau de Grizac, il est plus prudent de descendre au château, en contrebas, à pied. La vue est magnifique, le château en pierres est austère et resserré. Le voyage mérite aussi le détour pour l’exposition sur Urbain V qui s’y tient chaque année,  tous les jours (sauf le lundi) de 15 à 19 heures.

L’exposition a été conçue et réalisée par Anne Trémolet de Villers (auteur, entre autres, du beau volume illustré Eglises romanes oubliées du Gévaudan, Les Presses du Languedoc, 1998). De grands panneaux, où textes et illustrations alternent, racontent les origines de la famille de Grimoard, l’enfance et la jeunesse de Guillaume, son entrée dans la vie bénédictine au Monastier, sa « carrière » monastique (il sera abbé de S.-Germain d’Auxerre puis de Saint-Victor de Marseille), les missions diplomatiques en Italie que lui confie Innocent VI, puis les grandes œuvres du pontificat (de 1362 à 1370).

Si l’on va au Monastier, au sud de Marvejols, on ne trouvera qu’une partie du monastère du Saint-Sauveur. Mais l’église, fortifiée, est intacte. Une belle exposition permanente, à laquelle, là encore, Anne Trémolet de Villers a apporté sa collaboration, retrace les origines de l’abbaye – fondée en 1062 par l’évêque de Mende et ses frères – et son histoire.  Le futur Urbain V  y a accompli son noviciat et y a été ordonné prêtre. Devenu pape, il fera restaurer et fortifier l’église et dotera le monastère d’une bibliothèque et de cloîtres aujourd’hui disparus.

Le Monastier est un exemple-type de ce qu’était l’irradiation sociale de la vie monastique au Moyen-Age. Les moines bénédictins ont introduit la vigne et la culture du safran dans la vallée de la Colagne. Ils accueillaient  aussi les pèlerins qui allaient à Saint-Jacques de Compostelle et qui, voulant éviter le plateau de l’Aubrac, avaient emprunté la vallée.Ils accueillaient aussi ceux qui allaient vers des sanctuaires plus proches : Notre-Dame de Quézac, Saint-Gilles du Gard, Saint-Guilhem du désert.

Un pape bienfaiteur

Il y aurait beaucoup à dire sur le pontificat d’Urbain V, réformateur, réconciliateur, pape resté moine dans l’âme et dans l’habit. On se contentera de relever encore d’autres lieux lozériens marqués par son souvenir et sa bienfaisance. On peut encore voir, au sud de Saint-Germain-du-Teil, sur un piton rocheux dominant le Lot, les ruines du château de Montferrand (château où est née sa mère et où ses parents se sont mariés). À Bedouès, non loin de Grizac, on peut voir l’église où le jeune Guillaume venait à la messe et une collégiale qu’il a fait bâtir et où ses parents sont enterrés. À Ispagnac, sur la charmante place du village, et à côté d’un excellent libraire régional, l’église romane aux pierres ocres offre, dans ses vitraux contemporains, le double souvenir d’Urbain V et de Pie IX (qui l’a béatifié en 1870).

On pourrait encore évoquer Quézac, sa vierge miraculeuse, la collégiale voulue par Urbain V et l’admirable pont à dos d’âne qu’il a fait construire. Mais on ne saurait oublier Mende, capitale du Gévaudan, aujourd’hui préfecture de la Lozère. Urbain V y a fait reconstruire la cathédrale qui abrite une de ces Vierges noires qui attiraient tant de pèlerins. L’édifice a connu des transformations importantes, les dévastations de l’huguenot Mathieu Merle, à la fin du XVIe siècle, obligeant à des reconstructions et à une nouvelle consécration. Sur le parvis, une grande statue, en bronze, inaugurée en 1874, rend hommage « Au bienheureux Urbain V, pape de 1362 à 1370, bienfaiteur du Gévaudan ».

Yves CHIRON

vendredi 31 juillet 2009

"Une opinion sur l’Action Française" (Berto) et "Pourquoi Pie XI a-t-il condamné l’Action française?" (Chiron/Poulat)

Vient de paraître :

Abbé V.-A. Berto
Une opinion sur l’Action Française

L’abbé Victor Berto (1900-1968), docteur en philosophie et docteur en théologie fut tour à tour vicaire de paroisse, professeur de séminaire, fondateur d’œuvres pour l’enfance (les Foyers Notre-Dame de Joie) et de la fraternité des Dominicaines du Saint-Esprit. Il fut aussi un des fondateurs de La Pensée catholique et le théologien de Mgr Lefebvre au concile Vatican II. En avril 1968, il publia, dans Itinéraires, un important article, « Une opinion sur l’Action française ». Cette analyse catholique, trop peu connue, même des historiens de l’Action française, méritait d’être rééditée.
Éditions BCM, 26 pages, 5 euros
ISBN 978-2-918361-00-8

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Yves Chiron – Émile Poulat
Pourquoi Pie XI a-t-il condamné l’Action française ?
La condamnation de l’Action française, en 1926, a provoqué une crise majeure dans l’Église de France. Cette condamnation a été interprétée par Maurras et l’Action française comme une condamnation politique tandis que les libéraux et les démocrates-chrétiens y ont vu une légitimation de leur opposition au mouvement monarchiste. Yves Chiron, par une lecture critique, puis Émile Poulat, par une étude inédite et qui va aux principes, montrent ce qui était en cause : la sécularisation du politique.
Yves Chiron, directeur du Dictionnaire de biographie française, auteur d’une Vie de Maurras (1999) et de diverses études sur le fondateur de l’Action française. Il a publié aussi la biographie de plusieurs papes, notamment Pie XI (Perrin, 2004).
Émile Poulat, directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences sociales. Il a publié plus d’une trentaine d’ouvrages, notamment Intégrisme et catholicisme intégral (1969), Une Église ébranlée. 1939-1978 (1980), L’Église, c’est un monde (1986), France chrétienne, France laïque avec Danièle Masson (2008).
Éditions BCM, 70 pages, 11 euros
ISBN 978-2-918361-01-5

Pour commander « Une opinion sur l’Action française » (5 euros port compris) ou « Pourquoi Pie XII a-t-il condamné l’Action française ? » (11 euros port compris), adresser un chèque à « Association Anthinéa », 16 rue du Berry – 36250 NIHERNE – France, en précisant ses nom, prénom, adresse.

samedi 7 février 2009

[Présent] Vatican II n’est pas un « super-dogme » - Yves Chiron - 7 février 2009

En mai 1988, concernant les « points enseignés par le concile Vatican II » qui paraissent, à la Fraternité Saint-Pie X « difficilement conciliables avec la tradition », Rome avait demandé, et la Fraternité Saint-Pie X avait admis, « une attitude positive d’étude et de communication avec le Saint-Siège, en évitant toute polémique ».

En 2006, lors de la création de l’Institut du Bon Pasteur, il n’a pas été demandé non plus une a
dhésion pour ainsi dire littérale aux textes du concile Vatican II. Le communiqué officiel publié alors par l’IBP précisait : « chaque membre fondateur reconnaît personnellement ”respecter le Magistère authentique” du Siège Romain, dans ”une fidélité entière au Magistère infaillible de l'Église” (Statuts II §2). D'un point de vue doctrinal, conformément au discours du pape Benoît XVI à la Curie Romaine le 22 décembre 2005, les membres de l'Institut, autant qu'il est en eux, sont engagés par une ”critique sérieuse et constructive” du Concile Vatican II, pour permettre au Siège Apostolique d'en donner l'interprétation authentique. »

En janvier 2009, par le décret de levée d’excommunication des quatre évêques de la FSSPX, le Saint-Siège reconnaît que « sur les questions encore ouvertes » des discussions (colloqui) sont « nécessaires ». Parmi ces « questions encore ouvertes » figurent, bien sûr, certains textes du concile Vatican II.

Ces vingt dernières années, donc, à trois reprises, sous Jean-Paul II puis sous Benoît XVI, le Saint-Siège a reconnu, dans des actes officiels, que les actes du concile Vatican II ne sont pas une nouvelle table de la Loi.

En 1988 encore, dans une conférence prononcée devant les évêques du Chili et de Colombie, le 13 juillet, le cardinal Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a reconnu qu’ « une obéissance ”en bloc” à Vatican II » n’était pas exigée du Saint-Siège.

Pourtant, ces derniers jours, la Conférence des évêques de France, dans le communiqué publié par son Conseil permanent, pose une exigence : « En aucun cas, le Concile Vatican II ne sera négociable ».

Il y a contradiction.

On doit faire remarquer encore que pas plus que le Saint-Siège n’exige d’accepter le concile Vatican II comme un « bloc », pas plus la Fraternité Saint-Pie X, du moins par la voix de son Supérieur général, Mgr Fellay, ne refuse « en bloc » le concile Vatican II.

« Nous rejetons une partie du concile » a déclaré récemment Mgr Fellay au journal suisse Le Temps. Donc, pas tout le concile.

La concile n’est pas « un recommencement à partir de zéro »

C’est la nature-même du concile Vatican II qui a provoqué les difficultés passées et actuelles, les querelles d’interprétation passées et actuelles. Concile atypique, à différents points de vue, à la différence des conciles œcuméniques passés, il n’a défini aucun dogme, il n’a prononcé aucune condamnation, il n’a promulgué aucun canon disciplinaire.

Les textes qu’il a promulgués (constitutions, décrets, déclarations) sont certes de nature différente mais appartiennent tous, par leur caractère non dogmatique et non canonique, à un « registre plus modeste ». C’est le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le cardinal Ratzinger, qui l’a reconnu, il y a vingt ans, dans la conférence déjà citée : « La vérité est que le concile lui-même n’a défini aucun dogme. Il a voulu de manière consciente s’exprimer selon un registre plus modeste, comme un concile simplement pastoral ; cependant, beaucoup l’interprètent comme s’il était un ”super-dogme” qui enlève à tout le reste son importance. »

Vatican II doit être lu et interprété à la lumière des conciles antérieurs, et non l’inverse. Le cardinal Ratzinger le disait lors de la même conférence : « il existe une courte vue qui isole Vatican II et qui a provoqué l’opposition. Nombre d’exposés donnent l’impression que, après Vatican II, tout a changé et que tout ce qui est antérieur ne peut plus avoir de validité, ou, dans le meilleur des cas, il ne doit l’avoir qu’à la lumière de Vatican II. Le deuxième concile du Vatican n’est pas traité comme partie de la totalité de la tradition de l’Eglise, mais directement, comme la fin de la tradition et comme un recommencement complet à partir de zéro. »

Pourtant, cette théorie du « recommencement » a longtemps été soutenue et appliquée par des théologiens et par des évêques. Par exemple, en 1977, le Père Congar, un des théologiens qui furent parmi les plus influents au concile Vatican II, jugeait légitimes « des relectures et une « re-réception » de Vatican I, concile dogmatique, à la lumière de Vatican II, concile pastoral.

Dans la correspondance qu’il avait eue avec lui sur ce sujet et sur d’autres, Jean Madiran avait soutenu le contraire : « Je tiens au contraire que le devoir catholique est de recevoir Vatican II à la lumière de Vatican I ; et d’une manière générale, d’interpréter le dernier concile dans la ligne, dans le contexte, dans la continuité, dans la cohérence de tous les conciles antérieurs » (Jean Madiran, Le concile en question, DMM, 1985).

Cette position de Jean Madiran en 1977 sera celle du cardinal Ratzinger en 1988 et celle qu’il a explicitée, devenu pape, dans son fameux discours du 22 décembre 2005 sur l’ « herméneutique du concile ». Benoît XVI y affirme que les actes du concile Vatican II ne doivent pas être lus comme une « discontinuité » et une « rupture ».

C’est au Magistère pontifical d’aider les fidèles, et les théologiens, et les évêques, à faire la lecture adéquate des actes du concile Vatican II, en éclairant, complétant, précisant, rectifiant si nécessaire ce qui a été dit et écrit de manière « pastorale » dans les quatre sessions conciliaires entre 1962 et 1965.

Yves CHIRON

[Présent] Pour lire et connaître sainte Thérèse d’Avila - 7 février 2009

[Présent] Pour lire et connaître sainte Thérèse d’Avila - 7 février 2009

Les Editions Monte Carmelo, à Burgos, avaient publié en 2000 un Dictionnaire tout entier consacré à sainte Thérèse d’Avila. Il est traduit aujourd’hui, dans un beau volume rouge (700 pages sur deux colonnes). Il est l’œuvre de spécialistes espagnols de saint Thérèse d’Avila, sous la direction du P. Tomas Alvarez, carme déchaux, ancien professeur au Teresianum de Rome.

Ce Dictionnaire, en quelque 200 entrées, est à la fois biographique, historique, doctrinal et spirituel. Ce n’est pas un ouvrage d’érudition, qui n’intéresserait guère que les spécialistes. Il a pour ambition, tout en étant rigoureux, « de faciliter à tout lecteur, même sans connaissances préalables, l’accès à la pensée de la Sainte, en le familiarisant avec son expérience et sa leçon spirituelle ».

La notice consacrée à la vie de sainte Thérèse est assez développée et dit l’essentiel d’un itinéraire spirituel en trois étapes : vingt ans de vie en famille (1515-1535), vingt-sept ans de vie carmélite au couvent de l’Incarnation d’Avila (1535-1562), vingt autres années pour sa vie de fondatrice (1562-1582). La troisième étape est la conséquence d’une entrée dans la vie mystique. C’est aussi l’époque où sainte Thérèse écrit ses grands ouvrages, qui lui ont valu d’être nommée Docteur de l’Eglise par Paul VI, et où ses fondations de carmels « réformés » l’obligent à des voyages nombreux « à travers la Castille, la Manche, l’Andalousie, à pied, à dos de mule, en chariot. »

Mais, comme tout fondateur, sa vie ne peut se résumer en une liste de dates et d’initiatives. C’est l’esprit qui a présidé à ses fondations et plus encore la vie de son âme qui, finalement, importent et sont admirables. À la fin de sa vie, sainte Thérèse aspirait à la vraie vie : « Mort où l’on gagne la vie/ne tarde pas puisque je t’attends » écrit-elle dans un poème.

Même si un certain nombre de notices sont consacrées aux auteurs qui ont marqué sainte Thérèse (Ludolphe le Chartreux, par exemple, dont la lecture fut déterminante aussi dans la conversion de saint Ignace de Loyola) et à certains religieux et religieuses de son entourage (Anne de Jésus, Anne de Saint-Barthélémy, le dominicain Domingo Bañez et d’autres), les notices les plus nombreuses sont celles consacrées à la doctrine et à la spiritualité de sainte Thérèse d’Avila.

Bien sûr, un très long article (plus de vingt colonnes) est consacré aux visions, une des grâces mystiques dont a bénéficié la sainte. Elle distinguait trois sortes de visions, selon leur mode de perception : corporelles, visuelles et intellectuelles. On peut aussi les classer selon leur objet : le Christ, la Sainte Trinité, l’Eucharistie … Plus important est de mesurer les effets des visions dans la vie de sainte Thérèse. Elle le dira elle-même à ses religieuses : « je veux néanmoins vous le répéter ici, de crainte que l’une d’entre vous ne vienne à s’imaginer que le dessein de Dieu soit uniquement de leur faire goûter ses délices. Ce serait une grande erreur… aussi, j’en suis absolument convaincue, et je l’ai dit quelquefois, ces grâces sont destinées à fortifier notre faiblesse et à nous rendre capables de supporter de grandes souffrances. »

Les visions et autres grâces mystiques extraordinaires ne sont pas des signes de sainteté, ce sont des grâces de Dieu, qu’il ne faut ni désirer ni demander. Les signes de sainteté, dit sainte Thérèse, sont les vertus et il faut travailler à les acquérir.

La vertu de Foi

La foi, vertu théologale, est une réponse à la révélation de Dieu et donne son sens à la vie, la nôtre et celle du monde. La foi permet de comprendre « la vérité du monde », dit sainte Thérèse. La foi est une connaissance qui doit être nourrie : « Pour l’âme spirituelle qui n’aura pas été formée dans les débuts, au sein de la vérité, j’aimerais mieux, quant à moi, qu’elle soit sans oraison. La doctrine est une grande chose ; elle instruit, éclaire les ignorants comme nous. Une fois appuyés sur les vérités de la Sainte Ecriture, nous sommes sûrs de marcher droit. »

La foi se nourrit aussi par la rencontre personnelle avec Dieu, dans l’oraison. Sainte Thérèse définit l’oraison comme un « entretien d’amitié » ou comme « une amitié intime, un entretien fréquent, seul à seul, avec Celui dont nous nous savons aimés ». Ces expressions, ou des expressions semblables, se rencontrent chez toutes les grandes âmes de prière. La méditation devient relation. Dans le Chemin de perfection, sainte Thérèse écrira avec hardiesse : « Traitez avec Dieu comme avec un père, comme avec un frère, comme avec un maître, comme avec un époux, choisissant tantôt l’une, tantôt l’autre de ces qualités… ».

Yves Chiron
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Dictionnaire sainte Thérèse d’Avila, Cerf, 701 pages.

samedi 31 janvier 2009

[Présent] Minimalisme et maximalisme – Yves Chiron - 31 janvier 2009

[Présent] Minimalisme et maximalisme – Yves Chiron - 31 janvier 2009

L’abbé Nicola Bux, professeur de liturgie et de théologie sacramentaire, est consulteur de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et consulteur de la Congrégation pour les Causes des Saints. En septembre, il a été nommé membre du Bureau des célébrations liturgiques du Souverain Pontife. Depuis quelques mois, il est aussi un collaborateur régulier de l’Osservatore romano. Il pourrait bientôt être nommé à un poste de responsabilité à la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements.

C’est un théologien proche du Pape. Il a collaboré à la mise au point du motu proprio du 7 juillet 2007 et il est un des ardents partisans de la « réforme de la réforme » [celle de Paul VI ] : « il faut réformer ce qui a été déformé et qui n’a jamais été voulu par le Concile » a-t-il déclaré. Il y a trois mois, il a publié une défense et illustration de la réforme engagée par Benoît XVI (La Riforma di Benedetto XVI. La liturgia tra innovazione e tradizione, Piemme). Il célèbre ordinairement la messe selon le rite de Paul VI, « mais, dit-il, je ne me suis jamais refusé de célébrer la Messe sous la forme extraordinaire ».

Avec un autre théologien, l’abbé Salvatore Vitiello, il publie chaque semaine, sur le site de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, une sorte d’éditorial théologique, Le Parole della Dottrina, qui est repris par de nombreuses publications ou d’autres sites internet en Italie et à l’étranger.

Leur dernier éditorial est consacré à la question du Magistère et à la réception de ce qu’on pourrait appeler « la parole pontificale ». Ils déplorent la « sourde opposition » et la « censure du magistère pétrinien » qui se sont répandues dans l’Eglise. Depuis 1968, précisent-ils, « avec la contestation de l’encyclique Humanae Vitae de Paul VI ». On peut contester cette périodisation et repérer des « sourdes oppositions » et des « censures du magistère pétrinien », bien avant.

On sera d’accord, en revanche, avec leur description de nombreux documents épiscopaux : « Dans de nombreuses Lettres pastorales, on ne cite plus le pape comme étant le point de référence de l’authenticité et le garant de la catholicité de l’enseignement épiscopal, mais, le Cardinal, ou le théologien, ou le laïc, même non croyant, ou le moine de renom du moment, en les considérant comme des interprètes autorisés de l’enseignement officiel de l’Eglise. En outre, on donne parfois l’impression que l’on pense que l’une de leurs déclarations, même si elle diffère de la vérité catholique, a un poids égal à celui d’une intervention pontificale. »

Don Nicola Bux et don Salvatore Vitiello déplorent « la confusion et la désorientation » répandues chez les fidèles à cause de « l’indifférence envers le Magistère » de nombre de prêtres et d’évêques.

Il y a quelques années, le cardinal Ratzinger avait mis en garde contre « une sorte de ”magistère parallèle“ des théologiens ». Dans certains cas aussi, hélas, il y a une sorte de ”magistère parallèle” des évêques ou des conférences épiscopales.



Qu’est-ce que le Magistère ?


Les abbés Bux et Vitiello soulignent à juste titre : « Il n’est pas rare que les fidèles quand ils entendent prêcher un prêtre ou un Evêque, d’une manière différente de celle du Pape, souffrent de la confusion que cela engendre, et demandent l’uniformité de l’enseignement ! ».

Mais, inversement, il ne faudrait pas imposer ce qu’on pourrait appeler un « maximalisme magistériel » et étendre l’assentiment dû au magistère à toute parole qui vient du Pape et à tout ce qu’a dit le concile Vatican II, par exemple. Outre la distinction, classique, entre magistère infaillible et magistère ordinaire, il faut considérer que l’assistance divine au Magistère ne s’étend pas à toute parole et écrit venu de Rome, et a fortiori des évêques. L’instruction Donum veritatis, publiée par la Congrégation pour la Doctrine de la foi en juin 1990, reconnaît que le Magistère « peut intervenir sur des questions débattues dans lesquelles sont impliqués, à côté de principes fermes, des éléments conjecturaux et contingents. Et ce n’est souvent qu’avec le recul du temps qu’il devient possible de faire le partage entre le nécessaire et le contingent […] dans ce domaine des interventions d’ordre prudentiel, il est avéré que des documents magistériels ne soient pas exempts de déficiences ».

On doit même aller plus loin et considérer, avec Yves Daoudal, que « les décisions des papes et des conciles ne sont pas toujours le magistère de l’Eglise ». Ils en donnent des exemples historiques, anciens et récents, dans un très intéressant article de l’avant-dernier numéro de Reconquête (70, boulevard Saint-Germain, 75005 Paris ; n° 253 de novembre-décembre 2008).

Yves CHIRON

samedi 24 janvier 2009

[Présent] En attendant saint Thomas – par Yves Chiron - 24 janvier 2009

[Présent] En attendant saint Thomas – par Yves Chiron - 24 janvier 2009

Le père dominicain Jean-Pierre Torrell, qui est un des maîtres d’œuvre du renouveau thomiste dans l’édition depuis les années 1980, raconte qu’à l’époque de sa formation dominicaine, dans les années 1950 (soit les dernières années du pontificat de Pie XII), l’étude de la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin constituait la part essentielle du cursus : « Semaine après semaine, à raison de cinq heures de théologie dogmatique (Ia et IIIa Pars) et cinq heures de théologie morale (IIa Pars), chaque semaine pendant quatre ans, nous avons étudié Thomas dans le texte » (Confessions d’un “thomiste“, p. 46).

Même pas une génération plus tard, dans la deuxième moitié des années 1960, selon le témoignage d’un autre dominicain, le Père Jean-Miguel Garrigues, dans les mêmes couvents dominicains, la phénoménologie, Heidegger, les « maîtres du soupçon » (Marx, Nietzsche, Freud) sont davantage étudiés que saint Thomas d’Aquin. Le P. Garrigues avoue que durant ses années de théologie, il n’a jamais étudié la partie morale de la Somme théologique (cf. Présent, 27/9/2008).

Un évêque dominicain, de la même génération que le P. Garrigues, confirme la chose pour les années suivantes, les années 1970. Il s’agit de Mgr Bruguès, celui que Jean Madiran a interpellé dans La Trahison des commissaires (Via Romana, 2008, 3e édition revue et augmentée), et qui a été promu secrétaire de la Congrégation pour l’éducation catholique. Dans une conférence à l’Angelicum, Mgr Bruguès a reconnu qu’ « après mai 68 [même avant, si l’on se réfère au P. Garrigues], la théologie morale, du moins en France, était tombée dans un état profond d’abandon. Pendant deux ans, les séminaristes de Toulouse n’ont reçu aucun enseignement dans cette matière, réputée si ingrate et ennuyeuse qu’on ne trouvait personne disposé à l’enseigner ».

Dans les années 1970, dit encore Mgr Bruguès, qui commença à cette époque à enseigner la morale, « l’idée même de faire référence aux maîtres de la Tradition provoquait chez eux [les étudiants en théologie et les séminaristes] des réactions allergiques. Impossible ne serait-ce que de prononcer le nom de Thomas d’Aquin, sous peine de les voir tous se boucher les oreilles. »

Quand, dans ces années fin 1960-1970 – c’est-à-dire les années de l’après-concile –, des analystes et des commentateurs se scandalisaient de cette déliquescence de l’enseignement théologique, les médias catholiques et nombre d’évêques les traitaient de « réactionnaires », d’ « intégristes » et de « prophètes de malheur »…

Où en est-on ?

Mgr Bruguès nous dit que le retour de saint Thomas, pour la théologie morale, s’est fait à l’occasion de la rédaction du Catéchisme de l’Eglise Catholique, donc au début des années 1990. La troisième partie, sur la morale générale, commence, comme dans la Somme théologique, par la création de l’homme à l’image de Dieu puis, l’exposé de la morale personnelle, à l’initiative de celui qui était encore le cardinal Ratzinger, a été à nouveau établi à partir du décalogue, « chacun des dix commandements devant s’accomplir dans les vertus morales et théologales ». Mgr Brugès estime : « L’enseignement de la théologie morale à partir des grandes intuitions du thomisme a donc encore un brillant avenir devant lui. »

Le retournement ou le retour est pourtant loin d’être généralisé. Le P. Torrell, dans ses toutes récentes Confessions d’un “thomiste“, déjà citées, reconnaît : « Thomas est quasiment inconnu dans la littérature théologique spécifique, et le thomisme demeure pratiquement absent de pays entiers où il était autrefois florissant. […] Au moment même où nous n’avons jamais été mieux équipés pour cela, Thomas n’est plus étudié directement dans le texte par les théologiens. S’il l’est encore, c’est par une infime minorité et en quelques lieux relativement rares. » En d’autre termes, la belle forêt éditoriale thomiste (cf. Présent du 19/10/2008) ne doit pas cacher le quasi-désert de son étude concrète dans les couvents d’étude, les séminaires et les facultés de théologie.

Le P. Torrell regrette aussi « l’absence d’un manuel d’introduction à l’ensemble de la théologie de saint Thomas » (p. 69). Il nous dit encore, presque incidemment : « il est regrettable que le Concile [il veut dire le concile Vatican II], qui recommandait d’étudier Thomas [il veut dire saint Thomas d’Aquin] de préférence aux autres théologiens, n’ait pas été mieux suivi sur ce point » (p. 71).

Le problème vient, justement, de ce qu’il ne s’agissait d’une « recommandation » et non d’une injonction argumentée. Il faudrait peut-être quelque acte plus solennel d’une autorité, la Congrégation pour l’Education catholique par exemple, pour rétablir la pensée de saint Thomas comme norme de l’enseignement théologique.

Yves CHIRON


Jean-Pierre Torrell, Théologie et spiritualité suivi de Confessions d’un « thomiste », Cerf, 75 pages.

samedi 17 janvier 2009

[Présent] La vocation monastique – Yves Chiron - 17 janvier 2009

[Présent] La vocation monastique – Yves Chiron - 17 janvier 2009

Il y a trente ans, en novembre 1977, Dom Gérard, prieur du monastère Sainte-Madeleine encore installé à Bédoin, donnait une conférence à Paris, à la Mutualité, devant un vaste public. Il voulait rappeler « la signification profonde de la vie monastique dans le monde moderne ». La première signification de la vie monastiquement consacrée est de se vouer à la contemplation, qui prend d’abord des voies réglées : « l’adoration, l’admiration, la louange ».

Ce faisant, la vie monastique est témoignage, face à l’oubli mondain de Dieu, mais elle est aussi anticipation de la vie éternelle, de la vie en Dieu qui sera toute contemplation, louange et amour. On peut ajouter que nous, pauvres pécheurs dans le siècle, nous savons cela, le plus souvent, par les livres, par les bons auteurs ; le moine le sait par expérience, par la vie quotidienne.

La vie contemplative du moine a, disait aussi Dom Gérard, une valeur apostolique. La gratuité de sa vie retirée, de sa vie de prière, n’est pas sans fruits immédiats pour lui, sans doute, mais aussi pour les autres. Il y a une fécondité de la gratuité, disait Dom Gérard, par le mystère de la communion des saints. C’est ainsi que le moine, même le plus retiré du mon
de, est « un sauveur des âmes ».

Ce sont ces considérations, réconfortantes, que l’on a l’esprit lorsqu’on lit le 6e volume de la grande histoire des moines en Occident d’Ivan Gobry. Commencée, il y a plus de vingt ans maintenant, avec le premier monachisme, celui du Désert, cette fresque imposante s’était arrêtée, il y a plus de dix ans, à la fondation de l’ordre cistercien et à la grande figure de saint Bernard de Clairvaux. Elle se poursuit aujourd’hui avec un panorama des autres ordres du XIIe siècle, soit qu’ils soient créés à cette époque, soit qu’ils poursuivent leur développement.

On ne passera pas en revue les multiples ordres anciens (Cluny, Camaldules, Chartreux, Fontevrault, Grandmont, etc.) ou nouveaux (Cadouin, Savigny, Obazine) qu’Ivan Gobry évoque de manière ordonnée. On s’arrêtera à la doctrine monastique telle qu’elle s’exprime au XIIe siècle.

Un « tremplin »

Le bénédictin Pierre de Celle (1115-1183), qui fut abbé de Saint-Remi de Reims et qui termina comme évêque de Chartres, a publié, entre autres, un traité, De puritate, qui est un chemin vers la contemplation. « Cette contemplation, écrit Ivan Gobry en résumant l’ouvrage, et cette pureté intérieure qui la procure, n’ont rien de l’idéal des philosophes païens qui tentaient d’atteindre des Idées ou des vérités éternelles ; elles ont pour fin d’obtenir la parfaite conformité à Jésus-Christ, Sauveur et Modèle. Les vertus monastiques, dans toute leur rigueur et toute leur sublimité, n’ont pas d’autre but que de rendre à l’homme déchu sa splendeur première et, mieux encore, de revêtir l’humanité du Christ, qui est la pure image de dieu. Cette conformité sera réalisée dans le Ciel, où nous pourrons contempler ineffablement Celui auquel nous serons devenus semblables. »

Le « cloître matériel », dit un autre moine du XIIe siècle, le victorin Hugues de Fouilloy, n’est rien sans le « cloître spirituel » qu’il doit rechercher. Le monastère est la figure de la Jérusalem céleste. Pour Hugues de Fouilloy, résume Ivan Gobry, le cloître « n’est pas le lieu de la tranquille retraite, mais du départ vers les hauteurs ».

Près de neuf cents ans plus tard, dans d’autres de ses pages (Une Règle de vie, 1994), Dom Gérard retrouvait la même intuition : « Ce que les Pères de la vie monastique appelaient vie contemplative, nous l’appelons vie intérieure, afin de l’étendre à toute la vie, mais c’est la même réalité. Non pas un renfermement sur soi mais un rayonnement surnaturel, non pas un refuge mais un tremplin, non pas un abri mais un phare. »

Yves Chiron


Ivan Gobry, Le Siècle de saint Bernard, F.-X. de Guibert, 2008.



samedi 10 janvier 2009

[Présent] L’arianisme et le « pastoral » - Yves Chiron - 10 janvier 2009

[Présent] L'arianisme et le « pastoral » - Yves Chiron - 10 janvier 2009

Le 29 juin 1975, dans une lettre à Mgr Lefebvre, Paul VI l’avait adjuré d’accepter les textes du concile Vatican II et les réformes qui avaient suivi. Le concile Vatican II, estimait le pape, « qui ne fait pas moins autorité, qui est même sous certains aspects plus important que celui de Nicée ».

Le concile de Nicée, en 325, avait condamné l’hérésie d’Arius, réaffirmé dogmatiquement la divinité du Christ et défini le « Symbole de Nicée » (la première partie du Credo). La comparaison entre les deux conciles et la suprématie donnée à Vatican II avaient choqué les traditionalistes et ému jusqu’au Secrétaire d’Etat, le cardinal Villot, qui n’avait, néanmoins, pas réussi à convaincre Paul VI de modifier ce passage de sa lettre.

Aujourd’hui, un cardinal italien, le cardinal Biffi, prend le contre-pied de Paul VI, sans le nommer. Dans son dernier livre, Pecore et pastori (éd. Cantagalli), il écrit : « on peut dire que le Concile de Nicée est aujourd’hui beaucoup plus actuel que le Concile de Vatican II ».

Ce n’est pas une opinion en l’air, mais la conséquence d’un constat. « Le problème de l’arianisme, écrit encore le cardinal, est toujours à l’ordre du jour dans la vie ecclésiale. Les prétextes sont nombreux : du désir de sentir le Christ plus proche et comme l’un d’entre nous, au projet de faciliter sa compréhension en exaltant de manière presque exclusive les aspects sociaux et humanitaires. À la fin, le résultat est toujours d’enlever au Rédempteur de l’homme son unicité radicale et de le classer parmi les êtres affables et familiers. »

L’arianisme christologique, historique, c’est la négation de la divinité du Christ. À l’époque contemporaine, l’arianisme a pu prendre des formulations moins radicales, moins explicitement négatrices, mais tout autant réductrices. Et aussi, il s’est doublé, depuis plusieurs décennies, d’un arianisme ecclésiologique, qui ramène la mission de l’Eglise à de l’horizontalisme ou une animation vaguement spirituelle.

Adaptation ou conversion

Dans un précédent ouvrage (Memorie e digressioni di un italiano cardinale, éd. Cantagalli), le cardinal Biffi avait regretté, sur un ton charitable, que le concile Vatican II n’ait voulu être qu’un concile pastoral : « tous, dans l’aula vaticane et au dehors, se montraient contents et satisfaits de ce qualificatif ». Il dit aujourd’hui , comme en un aveu : « Le concept me paraissait ambigu et je trouvais un peu suspecte l’emphase avec laquelle la “pastoralité“ était attribuée au Concile en cours : peut-être voulait-on dire implicitement que les précédents Conciles n’avaient pas eu l’intention d’être “pastoraux“ ou ne l’avaient pas été suffisamment ? N’était-il pas important, pourtant, d’un point de vue pastoral d’expliquer clairement que Jésus de Nazareth était Dieu et consubstantiel au Père, comme l’avait défini le Concile de Nicée ? N’était-il pas important, d’un point de vue pastoral, de préciser le réalisme de la présence eucharistique et la nature sacrificielle de la messe, comme l’avait fait le Concile de Trente ? N’était-il pas important, d’un point de vie pastoral, de présenter dans toute sa valeur et toutes ses implications le primat de Pierre, comme l’avait enseigné le Concile Vatican I ? »

D’un livre à l’autre, on voit la corrélation établie par le cardinal Biffi entre la volonté de « pastoralité » et ce qu’on pourrait appeler le risque d’arianisation des esprits.

Le cardinal écrit encore : « La première et irremplaçable “miséricorde“ pour l’humanité perdue est, selon ce qu’enseigne clairement la Révélation, la “miséricorde de la vérité“ ; une miséricorde qui ne peut être exercée sans la condamnation explicite, ferme, constante de tous les travestissements et de toutes les altérations du “dépôt“ de la foi, qui doit être conservé » (Memorie).

Celui qui fut archevêque de Bologne de 1984 à 2003 souligne combien l’idée d’ « adaptation » peut mettre en danger l’intégralité et la pureté de la Révélation surnaturelle : « Parfois, dans certains secteurs du monde catholique on en arrive même à penser que c’est la Révélation divine qui doit s’adapter à la mentalité ambiante pour réussir être crédible et non la mentalité ambiante qui doit se convertir à la lumière qui nous vient d’en haut.Il faudrait pourtant réfléchir au fait que c’est la “conversion“, et non l’“adaptation“ qui est une parole évangélique » (Pecore e pastori).

C’est au cardinal Biffi que, il y a deux ans, Benoît XVI avait demandé de prêcher la retraite de Carême au Vatican. À cette occasion, l’ancien archevêque de Bologne avait évoqué l’avertissement prophétique de Soloviev sur la « falsification du Bien » qui est une des caractéristiques de l’Antéchrist.

Yves Chiron

samedi 3 janvier 2009

[Présent] Les faux prêtres et faux évêques du Frechou - Yves Chiron - 3 janvier 2009

[Présent] Les faux prêtres et faux évêques du Frechou - Yves Chiron - 3 janvier 2009

Un hebdomadaire, bien intentionné et dépourvu d’hostilité à l’égard de l’Eglise catholique, publie un reportage sur l’action charitable de la Fraternité Notre-Dame en Mongolie. Son « dévouement exemplaire dans un pays oublié du monde » est évoqué sur deux pleines pages, avec photographies à l’appui. Les deux journalistes ne tarissent pas d’éloges sur ces religieux et religieuses « venus de France » qui « gèrent des logements, une école et un orphelinat ».

Nous est simplement signalé, en quelques lignes au milieu de l’article, que cette congrégation, « attachée au rite de saint Pie V », est « non reconnue par le Saint-Siège », que son fondateur, « Mgr Jean-Marie », affirme « avoir assisté, le 10 juin 1977, à une apparition de la Vierge au Fréchou, une petite communauté du Lot-et-Garonne » et que cette congrégation « fut classée comme “secte“ dans un rapport de 1995, mais sans éléments tangibles ».

C’est un peu court. On n’attend pas d’un hebdomadaire d’actualités, généraliste, qu’il expose dans le détail l’histoire d’une congrégation religieuse, mais quand il s’agit d’une communauté contestée dont on vante les réalisations, il faut s’informer davantage et informer les lecteurs.

Le fondateur en question, Roger Kozik à l’état-civil, prétend avoir eu non pas une apparition de la Vierge Marie mais des dizaines, qui continuent, dit-il, aujourd’hui. Ancien séminariste, il s’est fait ordonner prêtre à trois reprises par de pseudo-évêques : en juin 1974 par Jean Laborie, qui fondera plus tard l’ « Eglise Catholique Latine » ; en janvier 1976 par André Enos, qui se prétend « Primat des Eglises catholiques indépendantes », en mai 1977 par un pseudo-évêque lié aux fausses apparitions de Palmar de Troya. L’ « abbé » Kozik a été consacré évêque, quelques jours plus tard, au même endroit. Puis, en 1978, ayant rompu avec la secte palmarienne, il s’est fait sacrer évêque, une deuxième fois, par Mgr Ngo Dinh Thuc, seul évêque catholique, dans cette histoire, a avoir été consacré canoniquement.

On sait que les consécrations inconsidérées faites par Mgr Thuc, sans mandat pontifical, n’ont jamais été reconnues par l’Eglise. Roger Kozik a lui-même ordonné prêtres et consacré évêques plusieurs membres de sa communauté.

Tout cela ne relève que de la triste histoire des marges et déviances religieuses. Mais la dite-Fraternité Notre-Dame cache ses origines réelles et se fait passer pour ce qu’elle n’est pas. Son action caritative, dans plusieurs pays (Etats-Unis, Mongolie, etc ?), abuse les autorités politiques et les institutions sur sa vraie nature : la Fraternité Notre-Dame est tout entière fondée sur l’illusion mystique et l’illégalité canonique.

Pourtant, nombre d’autorités et d’institutions sont mal informées à son sujet et comblent d’honneurs son fondateur. En novembre 2002, sur proposition du Ministère de la Coopération et de la Francophone, « Mgr Kozik » a été élevé au grade de chevalier de l’Ordre national du Mérite pour ses « 32 ans de vie religieuse, de dévouement et de services militaires ». L’année suivante, en présence de l’intéressé, le nom du « Rev. Bishop Jean Marie R. Kozik » a été donné à une rue de Chicago (le consul de France prononça son éloge). En 2004, à New-York, le visionnaire-fondateur a reçu le Paul Harris Fellow Award, la plus haute distinction décernée par le Rotary Club. Depuis plusieurs années aussi, la Fraternité Notre-Dame a été admise parmi les organisations non gouvernementales dotées d’un statut consultatif spécial auprès du Conseil Economique et Social des Nations Unies.

Des condamnations

Toutes ces institutions ignoraient, on veut le croire, la situation canonique réelle de l’intéressé. Depuis le 13 août 1977, les évêques successifs d’Agen ont multiplié les déclarations et les mises en garde contre les apparitions du Fréchou jugées non authentiques. L’Eglise catholique ne reconnaît pas les ordinations et consécrations reçues par Roger Kozik et ses compagnons.

Qui plus est, le 10 mai 1991, suite à des plaintes d’anciens adeptes du Fréchou, la Cour d’appel d’Agen a confirmé une condamnation « pour abus de confiance » contre Roger Kozik et trois autres membres de sa communauté : des peines de prison avec sursis, assorties d’une mise à l’épreuve de trois ans et d’une privation de droits civiques pendant cinq ans. En décembre suivant, la Cour de Cassation rejetait le pourvoi déposé par les condamnés.

Désormais la « Maison Mère de l’Ordre » est établie à Chicago, « Mgr Jean-Marie » y réside habituellement. Mais la chapelle du Fréchou et la communauté établie sur place attirent toujours beaucoup de fidèles naïfs et mal informés.

Yves Chiron

samedi 27 décembre 2008

[Présent] Lire le R.P. de Chivré

Article d'Yves Chiron dans Présent du samedi 27 décembre 2008

Le R.P. de Chivré (1902-1984), qui comptait un Croisé parmi ses ancêtres, était un authentique Dominicain, voué d’abord à la prédication.

Jean Madiran, en ouverture du bouquet d’hommages publié dans Itinéraires au lendemain de sa mort, écrivait : « Fidèle aux traditions et à la vocation de son Ordre ; fidèle à la théologie du Docteur commun de l’Eglise, saint Thomas d’Aquin ; fidèle à la dévotion dominicaine à la Vierge Marie, fidèle au chapelet, le P. de Chivré a été persécuté surtout pour son inébranlable fidélité, dans le rite dominicain, à la messe catholique traditionnelle, latine et grégorienne. »

Jean Madiran notait aussi : « Avant d’être persécuté pour sa fidélité à la messe, le P. de Chivré était déjà mortellement suspect pour son amitié militante à l’égard d’Itinéraires. Cette longue amitié militante a commencé avec la naissance de la revue, et le P. de Chivré l’a maintenue jusqu’à sa mort. »

Ses amis et ses disciples spirituels, dont l’abbé Michel Simoulin, publient régulièrement, depuis 2004, sous le titre Carnets spirituels, de petits et élégants recueils de ses prédications, appartenant à différentes époques. Chaque volume comporte cinq ou six sermons ou prédications, regroupés thématiquement. Le dernier Carnet spirituel paru a pour thème « la valeur ».

De plus en plus, le mot valeur est employé comme synonyme d’« opinions » ou de « convictions ». « Nous partageons les mêmes valeurs… », comme on dirait « nous avons les mêmes idées… ». C’est un dévoiement du sens authentique du mot. « La valeur, dit le P. de Chivré dans une de ses prédications, se révèle dans la finale du geste accordée sur la connaissance initiale du beau, bien, bon, vrai qui l’ont inspiré. »

« Retrouver la valeur, c’est renouer avec des données universelles qui nous précèdent : le beau, le bien, le vrai, le bon, qui honorent notre intelligence en la délivrant des prétentions imaginatives à penser l’existence sans référence à ce qui nous précède… »

La valeur implique la reconnaissance de quelque chose qui dépasse, mais qui guide aussi et elle sera liée à la notion de sacrifice : « La valeur ose demander à l’esprit et au cœur des réactions sans salaire d’aucune sorte, des comportements de gratuité qualitative, des gestes de désintéressement charnellement inexplicables, matériellement contradictoires avec l’intérêt, le corps, le sexe, l’animalité. »

Valeur et verticalité commencent toutes deux par la même lettre, avec l’idée d’infini qui s’attache au vertical.

Le P. de Chivré n’hésitait pas à dire : « L’homme de valeur a pour vocation de faire écho à la perfection de Dieu :

— dans la lutte, il exprime sa fierté d’exister pour ce qui ne s’achète pas ;
— dans l’effort, il exprime sa force pour ce qu’il doit préserver ;
— dans le sacrifice, il exprime son amour pour ce qu’il ose préférer ;
— dans la souffrance, il exprime sa prière, pour ne pas flancher
. »

Le prédicateur

Il y aurait une étude à faire sur le style particulier de la prédication que l’on trouve chez certains Dominicains. Une prédication qui est plus spéculative que lyrique, qui fait peu appel aux ressources (voire aux artifices) de la rhétorique.

Parce que le P. de Chivré se nourrissait quotidiennement de la Somme théologique ses prédications ont souvent une construction démonstrative.

L’abbé Simoulin, qui a été le maître d’œuvre d’un beau cahier-album paru en 1994, Le R.P. de Chivré, frère prêcheur. Un père spirituel pour le XXe siècle (éditions Controverses), notait : « Son verbe était superbe, dense et ramassé en des formules fulgurantes, qui ne se laissaient pas toujours comprendre aussitôt mais qui étaient comme autant d’invitations à prolonger la méditation, des ouvertures vers d’autres contemplations. »

On retrouve dans ces prédications sur la valeur, cette densité de pensée et de parole. L’illustre bien, encore, cette profonde pensée : « L’absence d’hommes de valeur vient de la résignation moderne à diviniser le médiocre et le vulgaire par peur d’avoir à oser être la bienheureuse victime des précisions, des décisions et des exigences. »

• Carnets spirituels (prédications du R.P. de Chivré), n°18, 64 pages, 7 euros. A commander à Guy de Chivré, 5, rue Bobierre-de-Vallière, 92340 Bourg-la-Reine.

YVES CHIRON

Article extrait du n° 6746 de Présent, du Samedi 27 décembre 2008

samedi 20 décembre 2008

[Présent] Homophobie ? Non, prudence.

Article d'Yves Chiron dans Présent - 20 décembre 2008

Dès que la France, en septembre dernier, a rendu public son projet de faire voter, par l’Assemblée générale de l’ONU, une déclaration sur les droits des homosexuels, l’observateur permanent du Saint-Siège à l’ONU, Mgr Migliore, a dit son opposition au projet. Il y voit, à juste titre, un moyen de pression politique : si une telle déclaration est votée, « les Etats qui ne reconnaissent pas l’union entre deux personnes de même sexe comme un mariage, seront mis au pilori et feront l’objet de pressions. »

Comme l’a justement dit Jeanne Smits en publiant le texte du projet français, la « décriminalisation universelle » de l’homosexualité serait une voie ouverte à l’ « imposition universelle » des droits des homosexuels au mariage et à l’adoption (cf. Présent, 13 décembre 2008).

La France a été, avec les Etats-Unis, pionnière dans cette voie. En 1973, l’American Psychiatric Association a exclu l’homosexualité de la liste des maladies mentales ; l’OMS prendra une position similaire en 1991. Entre temps, la France, aux premiers temps de la présidence Mitterrand, aura œuvré à la normalisation de l’homosexualité par diverses lois et dispositions : le 11 juin 1981, le ministre de l’Intérieur demande aux services de police de « renoncer aux fichages des homosexuels » ; le lendemain, le ministre de la Santé déclare que l’homosexualité ne sera plus considérée comme une psychopathologie. En 1982, est votée une loi qui dépénalise l’homosexualité « entre personnes consentantes à partir de 15 ans ».

Il n’est pas nécessaire de rappeler les étapes suivantes, notamment la création du PACS et la loi du 30 décembre 2004 qui a institué la HALDE (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) et qui a créé un délit d’homophobie (même si le terme n’est employé tel quel).

Pris dans son sens littéral, le mot « homophobe » ne veut pas dire grand chose : « la peur du même ». Le néologisme a désigné dès son origine, en 1971, autre chose : l’hostilité à l’égard des homosexuels. Dans ce sens péjoratif, l’homophobie a la même portée que la xénophobie.

L’Eglise n’est pas homophobe au sens du néologisme, elle n’est pas « hostile » aux hommes et femmes qui ont une tendance homosexuelle. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique demande : « Ils doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste. » (CEC, 2358). Mais l’Eglise ne peut être ni « homophile » ni indifférente face aux diverses « orientations sexuelles ».

L’inclination particulière à l’homosexualité n’est pas « en elle-même un péché », mais elle est « objectivement désordonnée ». Les actes homosexuels sont, en tous les cas, condamnables. Toute la Tradition de l’Eglise – de la Bible aux enseignements du Magistère – le dit. La Congrégation pour la doctrine de la Foi, à deux reprises ces dernières décennies, a rappelé cet enseignement. Le 29 décembre 1975, dans la déclaration Persona humana, « Sur certaines questions d’éthique sexuelle », et le 1er octobre 1986, dans la Lettre pastorale à l’égard des personnes homosexuelles.

« Selon l’ordre moral objectif, les relations homosexuelles sont des actes dépourvus de leur règle essentielle et indispensable. Elles sont condamnées dans la Sainte Ecriture comme de graves dépravations et présentées même comme la triste conséquence d’un refus de Dieu » (Persona humana, 8). Les actes homosexuels « sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas » (CEC, 2357).

Les justes discriminations

Quand l’Eglise demande d’éviter toute « discrimination injuste » à l’égard des homosexuels, elle ne pose pas un principe absolu de non-discrimination. Elle considère que certaines discriminations sont justes parce que nécessaires et relèvent de la vertu de prudence.

Le 23 juillet 1986, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, dirigée par celui qui allait devenir un jour Benoît XVI, avait rendu publiques des « Observations » sur la non-discrimination des personnes homosexuelles qu’il est utile de relire aujourd’hui.

L’orientation homosexuelle de certaines personnes, rappelle le document, « fait naître une préoccupation morale particulière ». « Il y a des domaines dans lesquels ce n’est pas une discrimination injuste de tenir compte de l’orientation sexuelle, par exemple dans le placement ou l’adoption d’enfants, dans l’engagement d’instituteurs ou d’entraîneurs sportifs, et le recrutement militaire. »

L’Eglise ne peut accepter la promotion de l’homosexualité ni non plus sa protection légale. « Il y a un danger qu’une législation qui ferait de l’homosexualité le fondement de droits puisse en réalité encourager une personne ayant une orientation homosexuelle à la déclarer publiquement ou même à chercher un partenaire afin de profiter des dispositifs de la loi. »

Yves CHIRON